Les Rites d’Adoption


LA FRANC‑MAÇONNERIE D’ADOPTION
  
LE COMBAT DES FEMMES MAÇONNES
ET DES FEMMES TOUT COURT…

 

CETTE PAGE WEB COMPREND 
LA MAJORITÉ DES RITUELS & CÉRÉMONIES MAÇONNIQUES 
DES LOGES D’ADOPTION, DES XVIIIème & XIXème SIÈCLES,  LES TEXTES ET RITUELS SONT FOURNIS PAR LES 
ÉDITIONS MAÇONNIQUES

INTRODUCTION
de ouvrage, publié par les Éditions Maçonniques 
 
Cet ouvrage, publié par les Éditions Maçonniques, concernant les Loges d’adoption, et des rituels et cérémonies pratiqués au XVIIIème et XIXème Siècle par les Femmes Maçonnes en France et en Europe.
Ces documents que l’on doit aborder avec beaucoup de circonspection, proviennent de différents fonds y compris de sources antimaçonniques, toujours prêtes à discréditer la confrérie en général, et bien sûr à ridiculiser l’engagement des femmes en Franc-Maçonnerie.
Il était bon de le préciser. Si de nos jours ces rituels sont tombés en désuétude, ils offrent cependant un grand intérêt lorsqu’on les compare à ceux employés par les maçons au cours de cette même période. D’autres Sœurs connaissaient les rituels plus classiques de la maçonnerie universelle, comme l’atteste cette gravure d’une maçonne en grande tenue de l’Arche Royale, présentée dans un dictionnaire maçonnique récemment paru.
Aujourd’hui les femmes sont nombreuses en Franc-Maçonnerie. Elles y ont leur place, comme cela est normal, dans toute société soucieuse de justice et de liberté. Les sœurs enrichissent incontestablement la connaissance des frères par leur approche féminine des enjeux philosophiques…
Les Obédiences mixtes ou féminines travaillent les différents rituels en vigueur ; que ce soit le Rite Écossais Ancien et Accepté, le rite de Memphis-Misraïm, le Rite de Salomon,  le Rite Français, le Rite Écossais Rectifié, le Rite Émulation ou Anglais ancien, ou le rite de la  Stricte Observance. De Marie-Thérèse Louise de SAVOIE-CARIGNAN, princesse de Lamballe, amie et surintendante de la Maison de la reine  Marie-Antoinette, Grande Maîtresse de toutes les Loges écossaises féminines de France, à Maria DERAISME de la loge « Les Libres Penseurs à l’orient du Pecq et co-fondatrice du Droit Humain, la Franc-Maçonnerie féminine ou mixte est toujours restée bien présente aux côtés des autres Obédiences masculines et continue à se développer harmonieusement avec force et vigueur.
Le combat des femmes Maçonnes et des femmes tout court, a pourtant été rude et le reste encore, envers des mentalités rétrogrades que l’on peut qualifier d’une autre époque, que ce soit dans le monde profane ou initiatique. Nous en voulons pour preuve ces deux discours de la première moitié du XIXème siècle tirés des tomes 1 et 2 du « Manuel des Francs-Maçons » de Bazot. Imprimé chez Bellemain, rue Saint-Denis à Paris en 1836.
Discours sur une Loge d’Adoption. « Très Chers Frères, Tout ce qui est sorti de la main du Créateur suprême est beau, grand, admirable, mais la vue continuelle des œuvres immortelles de la Divinité nous familiarise à ce point avec ces merveilles, que bientôt notre admiration s’affaiblit et notre reconnaissance s’éteint, et si parfois nous recommençons à sentir le prix de tant d’admirables créations, c’est lorsque des événements imprévus nous disposent à considérer, non l’ensemble, mais telle ou telle partie.
Cependant il est un chef-d’œuvre qui nous charme sans cesse, et ce chef-d’œuvre c’est nous ! Lorsque nous avons bien reconnu que nous sommes les créatures par excellence, nous daignons jeter nos regards autour de nous ; et, remarquant dans la femme un être qui nous intéresse assez, qui se rapproche assez de nous, nous la favorisons de notre bienveillance, nous voulons bien la reconnaître pour un chef-d’œuvre du second ordre ; mais cette distinction faite, le reste de la création n’est plus à nos yeux qu’une chose ordinaire, naturelle, inévitable. Ce principe des chefs-d’œuvre une fois admis, l’homme ne voit plus que lui et la créature de son choix.
Les hommes de toutes les nations, les Français seuls exceptés, estiment que la femme est d’une nature inférieure à la leur ; c’est leur compagne, oui, sans doute, mais ce doit être leur esclave ; un être uniquement destiné à obéir à leur volonté ou à leurs caprices.
Les Français, plus éclairés, plus sensibles, plus justes, la traitent comme la plus digne moitié deux mêmes. Jeune, elle est à leur yeux d’une espèce supérieure ; c’est une divinité. Plus avancée en âge, c’est une épouse, une mère ou une vieille amie.
Cette manière d’envisager la femme est sage. La femme pense et agit comme nous ; elle n’a point la force, mais elle a l’adresse ; elle n’a point de génie, mais elle a la grâce ; elle a aussi le talent, l’esprit. Quelques femmes cependant ont les plus belles de nos qualités, et toutes, sous ce rapport, ont en perfection ce que nous n’avons qu’en ébauche. L’homme est une esquisse vigoureuse, la femme est un dessin achevé.
Si, dans l’esprit social, le Français conçoit une si haute opinion de la femme, il est tout simple qu’il l’associe à tout ce qui l’intéresse ; et comme ses occupations sérieuses sont, ainsi que ces plaisirs, partagées par sa belle et charmante compagne, nous dirons qu’il n’est point extraordinaire que les maçons français aient eu l’idée de créer une maçonnerie pour les dames, afin de rapprocher d’eux ces êtres enchanteurs, dont ils peuvent se séparer, et qui font naître les plaisirs partout où ils se trouvent.
C’est donc aux Français que l’on doit  la Maçonnerie d’adoption, et c’est leur esprit galant, aimable, ingénieux qui a imaginé et établi ces jolies loges où la sagesse est professée par les même docteurs qui raisonnent sur le plaisir et qui enseignent l’art d’être heureux.
Charmant ouvrage de notre imagination, Maçonnerie française ! Sœurs dignes de rivaliser avec nous, chères et belles compagnes de nos travaux et de nos pures jouissances, recevez l’humble tribut de notre reconnaissance pour le bonheur que vous nous procurez en nous fournissant la précieuse donnée du discours que nous adressons à des Français et à des frères !
Une loge d’adoption est la réunion la plus touchante et la plus heureuse de deux sexes destinés à se plaire mutuellement. Dans un lieu qui reproduit l’image de ce jardin enchanté où le premier homme et la première femme connurent le bonheur de se voir, de s’aimer et de vivre ensemble ; dans un site riant où les arbres sont toujours ornés de verdure, et où les fleurs semblent naître sous les pas ; dans un nouvel Éden, sont placés avec une symétrie qui ne sent point la gêne et qui n’offre rien de monotone, des frères dont l’extérieur est aimable et dont le regard, plein d’expression, n’a rien de téméraire ; des sœurs dont l’air timide et réservé contraste heureusement avec la vivacité d’ un sexe plus hardi.
Plus loin, un frère et une sœur, le Grand Maître et la Grande Maîtresse, également distingués par la beauté, la noblesse du maintien et l’aisance des manières, donnent le ton à l’assemblée. Au centre de la réunion, chargée de chaînes légères, un bandeau sur le yeux, une jeune vierge docile, mais un peu tremblante dans sa marche, suit avec une hésitation pleine de grâces la main qui la dirige.
Tout à coup le bandeau disparaît, et son regard parfois curieux, mais toujours modeste, parcourt le cercle brillant dont elle est entourée. Le signal est donné. Lez aimables habitants du nouvel Éden se lèvent et suivent avec une gaîté modérée le couple régulateur de leurs travaux et de leurs plaisirs.
La salle des festins est disposée. Des rangs symétriques sont établis sur la table pour le service ; des faisceaux de fleurs placés devant chaque convive, une clarté éblouissante, un ordre parfait présentent le coup d’œil le plus beau et peut-être le plus pittoresque. Le banquet a lieu sans confusion, sans tumulte. Les propos délicats et galants, les tendres soins, les attentions empressées des Maçons, préviennent les moindres désirs de leurs charmantes sœurs. Des couplets en l’honneur de l’Ordre et des dames,  sont chantés par des frères qui joignent le goût au talent. L’harmonie offre aussi son tribut, en accompagnant la voix enchanteresse des sœurs, et en exécutant des symphonies.
Mais le son des instruments joyeux se fait entendre ; des airs de danse appellent les favoris de Terpsichore. Le Grand-Maître et la Grande-Maîtresse, en se levant les premiers, donnent l’exemple ; les cavaliers présentent la main aux dames, les groupes se forment, les quadrilles se placent, et la nuit entière est consacrée à l’amusement le plus chéri de la jeunesse. Lorsque le jour paraît, les familles se réunissent, on se retire ; un repos de quelques heures fera disparaître la fatigue, et chacun reprendra ses travaux habituels. Les plus agréables souvenirs feront chérir une institution où les deux sexes se livrent à des plaisirs vifs et doux, sans inconvénient pour l’ordre des Maçons, et sans aucun danger pour les mœurs ».
Voilà un texte qui nous éloigne des us et coutumes de la Franc-Maçonnerie contemporaine.  Nous sentons que le narrateur à bien vécu la cérémonie au cours de sa dernière visite dans la loge d’adoption en question. Ses considérations sur la condition des femmes de l’époque est intéressante. Les agapes enrichies de musique et de danses ne l’ont pas non plus laissé indifférent et on le comprend.
Des Frères déclamaient des chants, des poèmes ou des contes en l’honneur de leurs chères Sœurs comme celui de « la loge d’adoption ou les amours maçonniques – le triomphe de la maçonnerie des dames – l’échelle lyrique d’une Grande Maîtresse – le détracteur corrigé – où la néophyte ».   
Nous découvrirons dans les rituels qu’il est fait souvent référence au jardin d’Éden. Plus loin, On remet également aux sœurs une jarretière au bras, portant l’inscription « Silence et Vertu ». Elle rappelle à s’y méprendre la jarretière portée par les frères du Royal Order of Scotland avec la devise « Virtute et Silentio ».
Nous ne résistons  pas à l’envie de vous faire aussi connaître le discours en forme de plaidoyer pour les Dames Maçonnes, contre les quatre propositions de l’Ordre ; Travailler, Obéir, Écouter et se Taire, prononcé  par un Orateur en 1828 dans une Loge d’Adoption.
Pourquoi, Vénérable Grand Maître, m’inviter avec tant d’insistance à prendre la parole ? Ignorez-vous que je lutte en ce moment contre mon propre intérêt, le vôtre, celui de tous mes frères, pour remplir un devoir qui m’est imposé par les clientes les plus jolies, les plus séduisantes, les plus absolues ?
Imprudent et malheureux Grand Maître ! ouvrez, ouvrez les yeux, de grands yeux, à moins que ces yeux, déjà si mal secourables, ne soient tellement fascinés par la sécurité de votre âme, que vous ne puissiez distinguer les approches de l’orage !Vous croyez être ici avec des Sœurs amies, des Frères intrépides. Eh bien ! il n’en est rien et vous devez trembler ! Toutes les Sœurs, oui ! toutes, conspirent contre vous, trop rigide observateur des lois de l’Ordre ; et vos Frères, en foule, fuiront au moment du combat ou passeront gaîment dans le camp de l’ennemi.
Cet ennemi, le voilà : ce sont vos propres sœurs, et leurs auxiliaires secrets sont vos plus intrépides Frères : moi-même, je suis l’auxiliaire légal qu’elles ont choisi !!!
Eh ! pourquoi craindre une conspiration, direz-vous, tout étourdi d’une attaque inopinée ?Pourquoi ? en recevant cette jeune et charmante néophyte et en faisant le docteur avec elle, vous avez-vous-même fourni l’étincelle qui causera l’incendie ! Fortune cruelle ! Grand Maître impassible ! L’un et l’autre vous me forcez de remplir mon destin, de vous combattre, de vous vaincre : mes belles clientes ont-elles jamais perdu un procès ! Vous avez annoncé à nos Sœurs et vous avez propagé comme lois de l’état Maçonnique ces quatre propositions subversives de l’indépendance constitutionnelle des Dames Maçonnes : Travailler, obéir, écouter et se taire.
Propagateur des doctrines les plus odieuses à nos Illustres Sœurs, puisque le devoir tue en vous le sentiment, je vous le dis avec peine, mais je vous le dis enfin : comment osez-vous imposer à des Sœurs Maçonnes ces lois tyranniques, que des hommes à peu près sauvages ont tracées à notre honte et pour le malheur du beau sexe ? Femmes et Maçonnes, prétendez-vous, elles doivent travailler, obéir, écouter et se taire ! Où avez-vous puisé l’esprit de ces lois plus redoutables cent fois qu’une ordonnance municipale qui défendrait le spectacle et la danse ? Dans votre esprit ? non ; mais dans votre âme de fer, d’airain, de diamant ! Comment les faites-vous exécuter ? à l’orientale : en maître absolu ! Par qui ? par des ministres dignes d’elles et de vous ; l’orgueil et la tyrannie ! Orgueilleux, qui baisez la poussière des pieds de mes clientes ! Tyran, qui vous abîmez de douleur ou de plaisir lorsqu’elles lancent sur vous un regard sévère ou un tendre regard ! Mais, il faut combattre par des armes légales. Nous ne voulons pas enlever le succès ; nous prouverons, et sans peine, que nous avons raison en droit et en fait.
Point de droit : Nous laisserons dans le paradis terrestre Ève, qui, maîtresse unique et absolue du premier homme, n’avait pas besoin de travailler, d’obéir, d’écouter et de se taire. Nos deux premiers parents n’ayant rien à faire, travaillaient pas, c’est une vérité incontestable ; mais Adam qui, déjà, craignait la voix du serpent, se gardait bien de jouer le rôle maussade de maître. Fort peu éloquent de son naturel, les chaires de bonnes études et de bonnes lettres n’existant pas, le premier homme n’avait pas l’ambition de se faire écouter, et le serpent, toujours en tiers dans le premier ménage, semblait dire au bon mari :  « Mon cher Adam, si vous forcez votre femme à se taire, moi, je serai là pour la faire parler, et mal vous en prendra ; plus mal vous en prendra encore si vous la faites obéir à vos ordres, car je saurai bien à mon tour la faire obéir aux miens. N’exigez pas non plus qu’elle vous écoute, car je me ferai mieux écouter que vous : le diable » et moi nous en savons plus que vous, bonhomme ».
De ce temps, où vivaient le premier homme et la première femme, arrivons sans transition au siècle où nous vivons, siècle assez maussade, mais qu’immortalisera le triomphe de mes Sœurs, mes clientes, toutes les  plus aimables, les plus gracieuses, les plus excellentes, les plus dignes en un mot de faire et non de subir des lois.
Point de fait : Vous voulez, hommes injustes, que nous travaillons ! À quoi, s’il vous plaît ? à rétablir notre indépendance ? Oh ! nous y sommes fort disposées et nous y travaillerons plus que vous ne le voudrez. Mais ce beau travail à part, quel autre travail peut nous convenir et nous plaire ? Irons-nous, comme cette fille du Roi de la fabuleuse antiquité, laver le linge paternel à l’étang de la ville ? Il serait remarquable vraiment que, nées pour le dolce farniente, des femmes charmantes s’abaissassent jusqu’à décrasser ce qu’on nomme vulgairement les chemises de leurs époux ou les langes de la progéniture de ces heureux messieurs ? l’idée seule de ce travail populaire nous donne des vapeurs, et nos nerfs délicats en sont violemment irrités.
Voudriez-vous aussi que nos doigts de lis et de roses maniant l’aiguille indigente, nous descendissions au soin journalier de coudre ou de raccommoder des pourpoints et des hauts de chausses ? que nous surchargeassions de vingt piqûres ignobles un index façonné par l’amour ? que, femmes-hommes de lettres, nous fissions, à votre exemple, de sots livres ? que nos yeux si doux, complices de nos mains imprudentes, se fatiguassent à préparer ces tissus que vous employez à tant d’usages divers ? voudriez-vous enfin que nos joues si fraîches se creusassent par suite de longues veilles ? se décolorassent par l’insomnie ? Barbares ! nous nous ménagerons pour vous !
De l’inconvenance de nous faire descendre à un travail si misérablement laborieux, passons au scandale de nous faire obéir. Des femmes obéir ! Eh à qui, osez le dire ? à celui qui nous a donné la vie ? le père est l’esclave de sa fille ! Aux hommes auxquels on nous sacrifie en mariage ? L’époux est le plus humble des serviteurs de sa femme ? Aux êtres qui ne sont ni nos pères ni nos maris ? Ces être-là ne nous disent pas, obéissez ! Ils nous flattent. Mes Sœurs, je vous le demande, le commandement a-t-il jamais existé dans la flatterie ?
Poursuivons, et voyons si nous sommes faites pour qu’on non dise : Écoutez ! J’établis, par supposition, que j’ai quinze ans, que je suis jolie. Comme le papillon léger, je voltige. Ma présence charme tout le monde ; les regards se portent, se fixent sur moi ; les cœurs se précipitent à ma rencontre. Je fais naître une douce rêverie. Si je marche, on me suit ; on admire mes mouvements comme ceux de l’oiseau qui dans sa course momentanée touche à peine la terre. Si je m’arrête, chacun brûle du désir de m’aborder ; si je prononce quelques paroles, un silence général s’établit ; si je me tais, mon silence est encore éloquent. Mon œil supplée à ce qu’il me plaît à dire. Un doux regard féconde la pensée de mes admirateurs : on l’interprète ; on le commente : chacun de mes admirateurs m’a expliquée ; un seul peut-être ma devinée…
Maintenant j’ai vingt-cinq ans. Mon mari est un homme cruel, impitoyable, un homme qui ne sait pas vivre ou qui voudrait du moins que je ne vécusse que pour lui seul ; enfin je suis une martyre de l’amour conjugal. Tant de tyrannie révolte le cœur des hommes sensibles, et dans ce cas mes Sœurs, vous savez qu’ils le sont tous.
Vingt cavaliers jeunes, beaux ou riches me plaignent, m’offrent des consolations…Mon mari entend ou devine ce qu’inspire la pitié à ces cavaliers généreux. Mon mari ne me dit plus ; Écoutez ! Il voudrait que je fusse sourde ! Prévenus, juges, auditeurs, les arguments pour notre défense s’offrent en foule ; nous les repoussons par humanité. Serait-il généreux, ô antagonistes imprudents ! de vous enfoncer cent fois dans le cœur le trait acéré d’une raison supérieure ?  De notre immense arsenal, nous n’emploierons plus qu’ une double interrogation.
Vous prétendez que nous nous taisions ? quoi ! vous auriez le courage de l’exiger quand l’un d’entre nous dit à son époux : mon ami, mon bon ami, tu m’as donné le plus beau cachemire.. cet écrin est d’un éclat, d’une richesse.. mon équipage est d’un goût exquis…
Vous prétendez que nous nous taisions quand une tendre mère répète à son fils : sois laborieux, étudie sans relâche, forme ton esprit, suis l’élan d’un bon cœur, honore tes parents, sacrifie-toi pour la patrie… Quand elle dit à sa fille : Habituez-vous de bonne heure aux soins du ménage ; préparez-vous longtemps à l’avance à chérir votre époux ; efforcez-vous toujours de lui plaire ; retenez bien, ma chère fille, de mes préceptes et de mes exemples, les leçons que vous devez à votre tour donner à vos enfants.
Mes Frères ! voulez-vous encore qu’une femme se taise ? Une femme travaille quand elle veut, obéit si cela lui plaît, écoute quand elle y a intérêt, et se tait pour prouver qu’elle n’aime pas les questions impertinentes. Charmantes Sœurs, vos adversaires ne répondent point, ils sont vaincus : entonnons l’hymne du triomphe ! quand à votre avocat, que voilà maintenant en cause à votre tribunal suprême, si son plaidoyer obtient votre indulgence, jamais il n’aura reçu plus doux salaire ».
Ce morceau d’anthologie maçonnique du Dix-neuvième siècle fera au moins plaisir je l’espère a beaucoup de Sœurs. Il faut aussi rappeler dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle  que les Loges d’Adoption sont assez nombreuses en Europe.
Citons les célèbres Loges « des Neuf Sœurs » dont fit partie la sœur Helvetius, celle de « la Candeur », « du Contrat Social » dirigée par la duchesse de Chartres, ou la Loge « Les Francs Chevaliers » de Strasbourg conduite par la baronne Diétrich.
Certaines relevaient des loges Égyptiennes fondées par Lorenza Félicianna.
En Allemagne, plusieurs loges de la Stricte Observance portaient les noms de protectrices ou faisant partie des Mopses comme la Duchesse Amalia de Weimar ou Charlotte au trois Œillets de Meningen.
La Franc-Maçonnerie d’adoption et féminine, avec ses spécificités, n’avait vraiment rien à envier à celle des Maçons.
La crédibilité des rituels pratiqués par les femmes et par  les hommes, dépendait comme maintenant d’ailleurs, pour les uns comme pour les autres, de l’application de la lettre mais surtout de l’esprit.

COMMENT SONT ORGANISÉS, LES ATELIERS DE DAMES

Dans le principe, un certain nombre de Loges d’Adoption portaient un titre distinctif, différent de celui de la Loge Symbolique (masculine) sur laquelle l’Atelier féminin était rattaché.
Telles furent les Loges : 
  • « La Candeur », 
  • « La Fidèle Maçonne », 
  • « Les Cœurs Constants », 
  • « Le Val d’Amour », 
  • « La Sainte Caroline », etc.
Les Loges d’Adoption avaient souvent les mêmes titres que ceux des Ateliers masculins auxquels elles étaient rattachées.
Les lettres de convocation sont parfois adressées aux Sœurs par le Secrétaire de la Loge d’hommes.
Pour le «Rite Moderne d’Adoption» les trois points :. sont remplacés par cinq points :.: .

Voici un spécimen de ces convocations :

RESPECTABLE LOGE UNION ‑ SILENCE - VERTU
 
L’an 5826 le 22ème jour du  4ème mois
 
Climat de PARIS.
 
Très Chère Soeur,
 
Vous êtes priée, de la part des Frères qui composent la RRESPECTABLE LOGE UNION ‑ SILENCE - VERTU, de leur faire la faveur de venir orner et embellir leurs Climats, le 3ème jour du 5ème mois de l’an 5826 de la Vraie Lumière, à 20 heures du soir, au Jardin de l’Amitié. Ils réuniront leurs efforts, Très Chère Soeur :, pour vous donner des preuves de leur affection fraternelle, tendre et Maçonnique.
 
Il y aura Fête d’Adoption, bal et spectacle.
Soit que vous acceptiez ou non, Très Chère Soeur, vous êtes priée de faire réponse au Secrétaire avant le........
Je suis, par les serments qui nous unissent.
Très Chère Soeur,
Votre affectionné Frère.
(Signature et cachet du Secrétaire de la Loge, suivie de son adresse personnelle).

Chaque Atelier d’Adoption possède une Grande Maîtresse, une Sœur Inspectrice, une Sœur Dépositaire et d’autres dignitaires cités plus loin.
On peut évaluer, en moyenne, à soixante pour cent, le nombre des Loges maçonniques ayant  une Loge d’adoption.
Les rites de la Maçonnerie des Dames sont nombreux et variés.
 
Toutefois, comme une étude complète de chaque « Rite Féminin » entraînerait à écrire plusieurs volumes sur une matière, on développera que le rite intitulé « Rite Moderne d’Adoption», dont les cérémonies étaient les plus en usage,  dans la Maçonnerie de tous les pays, y compris la France.
Un bref aperçu des autres rites : Le Rite Moderne d’Adoption, malgré son titre, remonte au XVIIIème siècle.
L’un de ses manuels, imprimé en 1787 et dû au Frère Guillemain de Saint-Victor, est, à peu de chose près, semblable au manuel écrit par le Frère Ragon, et imprimé pour la première fois en 1861, se vendait couramment dans les librairies maçonniques de cette époque, figurait sur les catalogues du Suprême Conseil et du Grand Orient de France. 
En outre, les catéchismes de la Maçonnerie d’Adoption, qui faisaient partie du Manuel général de Maçonnerie du Frère TEISSIER, 33ème degré, manuel imprimé en 1884 avec approbation des puissances maçonniques. 
Ces catéchismes, s’accordaient exactement avec les rituels des Frères Guillemain et Ragon et en consacraient le permanent usage.
Le « RITE MODERNE D’ADOPTION » était pratiqué en cinq grades :
  • 1er    degré, Apprentie
  • 2ème  degré, Compagnonne
  • 3ème  degré, Maîtresse
  • 4ème  degré, Maîtresse Parfaite
  • 5ème  degré, Sublime Écossaise
Le « RITE ÉCOSSAIS D’ADOPTION » est pratiqué en dix grades :
  • 1er   degré, Apprentie (comme au Rite Moderne d’Adoption)
  • 2ème degré, Compagnonne (comme au Rite Moderne d’Adoption)
  • 3ème degré, Maîtresse (comme au Rite Moderne d’Adoption)
  • 4ème degré, Maîtresse Parfaite (comme au Rite M:×: d’Adoption)
  • 5ème degré, Élue
  • 6ème degré, Écossaise (correspond à  celui de Rose‑Croix)
  • 7ème degré, Sublime Écossaise (comme au Rite M:×: d’Adoption) ;
  • 8ème degré, Chevalière de la Colombe
  • 9ème degré, Chevalière de la Bienfaisance
  • 10ème degré, Princesse de la Couronne.
Les autres rites pratiqués, étaient ceux-ci :
  • Le Rite Égyptien dit de Cagliostro ;
  • Le Rite du Mont Thabor ou des Sœurs Écossaises ;
  • Le Rite Palladique, Compagnies de Pénélope ou Palladium des Dames ;
  • Le Rite des Mopses ;
  • Le Rite de la Félicité ;
  • Le Rite des Fendeurs et des Fendeuses (particulier à la Maçonnerie Forestière) ;
  • Rite Androgyne de Venus.
Tous ces rites, y compris le Rite dit Moderne, étaient pratiqués par des Ateliers d’Adoption.