Rite de Perfection 1762


RITE DE PERFECTION 1762
EN 25 DEGRÉS D’ETIENNE MORIN

Le début de la décennie 1760 marque un tournant capital dans l’évolution du Système Écossais.
Le « Système Écossais dit de Perfection » n’est, qu’une transcription des Usages Maçonniques Parisiens de 1761.
Le 27 août 1761, à Paris, Etienne Morin reçoit une Patente signée des officiers de la première Grande Loge de France le nommant « Grand Inspecteur pour les deux hémisphères du Globe Terrestre ».
L'original de cette Patente, qui ne visait peut-être à l'origine que les Loges Symboliques, n'a jamais été retrouvé.
On ne connaît cette Patente que par des copies qui pourraient avoir été embellies par Étienne Morin lui-même, afin de mieux assurer sa prédominance sur la Franc-Maçonnerie aux Antilles...
L'origine et la diffusion du « Rite de perfection », qui revendique une fondation en 1762, ainsi que la Patente d'origine française, autorisant sa diffusion dans le monde font encore aujourd’hui l'objet de débats entre historiens Francs-Maçons.
C'est muni de cette Patente Française l'autorisant à dispenser des Initiations Maçonniques, basés sur la rituélie d’un nouveau « Système Écossais dit de Perfection » qu'Étienne Morin implantera aux Antilles à partir de 1765 et c'est à partir d’une Patente octroyée par Étienne Morin, qu'Henry Andrew Francken transmet le Rite de Perfection en Amérique du Nord.
Développé par Étienne Morin en 1762, le « Rite de Perfection » comporte 25 degrés dont le dernier était le « Sublime Prince du Royal Secret ».
(Voir l’échelle du Rite de Perfection en 25 degré page suivante).
ÉCHELLE DU RITE DE PERFECTION EN 25 DEGRÉS :
 
1ère classe :
1er degré : Apprenti
2ème degré : Compagnon
3ème degré : Maître
2ème classe
4ème degré : Maître Secret
5ème degré : Maître Parfait
6ème degré : Secrétaire Intime
7ème degré : Prévôt et Juge
8ème degré : Intendant des Bâtiments
3ème classe
9ème degré : Chevalier Élu des 9
10ème degré : Chevalier Élu des 15
11ème degré : Élu Illustre Chef des 12 Tribus
4ème classe
12ème degré : Grand Maître Architecte
13ème degré : Gardien de l’Arche Royale
14ème degré : Grand Élu Parfait et Sublime Maître
5ème classe
15ème degré : Chevalier d'Orient ou de l'Épée
16ème degré : Prince de Jérusalem
17ème degré : Chevalier d'Orient et d'Occident
18ème degré : Chevalier Rose-Croix de l'Aigle Blanc et du Pélican
19ème degré : Grand pontife ou Maître Ad vitam
6ème classe
20ème degré : Grand Maître Ad Vitam
21ème degré : Chevalier Prussien ou Clef de la Maçonnerie
22ème degré : Prince du Liban et Chevalier de la Hache Royale
7ème classe :
23ème degré : Chevalier du Soleil
24ème degré : Illustre Chevalier Commandeur de l’Aigle Blanc et Noir
25ème degré : Sublime Prince du Royal Secret 

HISTORIQUE DU RITE DE PERFECTION EN 25 DEGRÉS

Etienne Morin y ajoutera seulement une variante au Chevalier Kadosh, la qualité de Prince du Royal Secret pour couronner le système ». Il comprendra alors 25 degrés, depuis le 1er degré d’Apprenti jusqu’à celui du 25ème degré Prince du Royal Secret.
La Patente qui aurait été délivrée en 1761 à Étienne Morin pour transmettre les Hauts-Grades est à la source du Rite Écossais Ancien et Accepté dont elle assure la légitimité. Cette « Patente Morin » dont on ne connaît que des copies tardives et controversées est devenue presque mythique. Document fondateur, mais absent, du système de Hauts-Grades le plus pratiqué dans le monde, il a donné lieu à de nombreux débats.
Paul Naudon pouvait ainsi écrire : « Rien n'établit l'authenticité de la Patente d’Étienne Morin. » La question est d'importance quand on connaît l'attention portée par la Franc-Maçonnerie à la légitimité et à la continuité des filiations rituelles.
Jusqu'à ses dernières années, Étienne Morin lui-même était entouré d'un halo de mystère voire d'irréalité. On en a fait successivement un juif, un protestant né à New York et un sang-mêlé de Saint-Domingue. Un passeport fut délivré à Étienne Morin par l'amirauté de Bordeaux le 24 mars 1762, il est né vers 1717 à Cahors en Quercy et qu'il déclarait professer la religion catholique.
L'itinéraire qui l'a conduit de Cahors à Bordeaux pour s'embarquer vers Saint-Domingue, puis tenter sa chance dans le négoce entre la métropole et les îles françaises d'Amérique, est un parcours classique pour les fils de la petite-bourgeoisie, quercynoise du milieu du XVIIIème siècle.
Étienne Morin fut d'emblée un Franc-Maçon zélé, on retrouve souvent son nom dans les plus anciens documents maçonniques concernant l'activité de l'Ordre à Bordeaux et aux Antilles dans les années 1740 et 1750, notamment pour tout ce qui concerne les Hauts-Grades. Ainsi dès le milieu des années 1740, soit à Bordeaux, soit aux Antilles, le Très Digne Frère Étienne Morin initie de nombreux Frères aux « Mystères de la Perfection Écossaise », c'est-à-dire qu'il pratique et diffuse le grade d'Écossais de la Voûte Sacrée.
Dans les années 1750, il fonde à Saint-Domingue un Conseil de Chevaliers du Soleil. Franc-Maçon zélé et voyageur de métier, on le retrouve à Paris en 1761 parmi les animateurs de la première Grande Loge de France. C'est le Grand Conseil des Chevaliers Kadosh le cercle interne dirigeant la Grande Loge, qui lui octroie une Patente avant un nouveau départ pour les Amériques.
Cette « Patente » a été délivrée à Étienne Morin le 27 août 1761 par la Grande Loge des Maîtres de Paris dite de France. Elle autorise son détenteur à pratiquer et propager la maçonnerie telle que la professe alors la première Grande Loge de France. Il était investi d'un pouvoir sur l'ensemble des grades maçonniques y compris et surtout sur l'essentiel des « SUBLIMES DEGRÉS de la PLUS HAUTE PERFECTION », c'est-à-dire les HAUTS-GRADES.
Après un périple assez long-qui le conduit en Angleterre et même en Écosse, Étienne Morin arrive à Saint-Domingue en 1763 et y amène la rituélie d’un nouveau « Système Écossais dit de Perfection » dont il avait été investi à Paris. Il s'agit d'une hiérarchie de 25 grades superposant aux 3 grades symboliques les 22 Hauts-Grades les plus classiques de la pratique « Maçonnique Française » de l'époque.
Le sommet de la hiérarchie n'est cependant plus le Chevalier Kadosh, comme à Paris en 1761, mais le Sublime Prince du Royal Secret. Les Francs-Maçons de cette époque avaient pris l'habitude de dénommer le système propagé par Étienne Morin « Rite de Perfection » mais lui-même le baptisait « Ordre du Royal Secret », soulignant ainsi l'importance de ce nouveau grade terminal. Est-ce un complément engendré par Étienne Morin de toutes pièces ? Des historiens maçonniques l'ont écrit.
Étienne Morin consacra la fin de sa vie Maçonnique à la diffusion dans les îles françaises d'Amérique du nouveau « Système Écossais dit de Perfection » ramené de Paris en 1761. Il fut notamment renié par les nouveaux dirigeants de la première Grande Loge de France au milieu des années 1760. Il bénéficia néanmoins d'un fort soutien parmi les Francs-Maçons de Saint-Domingue.
Un de ses adversaires pouvait écrire : « Il est fort éclairé et sait le tout sur le bout de son doigt. Étienne Morin bouleversa toutes les loges de Port-au-Prince, des Cayes et de Saint-Marc avec les titres dont il est porteur tant de la Jamaïque que de France. Tous les Frères de ces trois Orients le respectent comme un Pape Tutélaire. 
L'historiographie maçonnique du XIXème siècle et du début du XXème siècle accusait globalement Étienne Morin d'être l’auteur du Rite de Perfection et d'avoir forgé la plupart des 25 degrés Maçonniques qu'il diffusait. Il apparaît scrupuleusement fidèle aux usages maçonniques qui lui ont été transmis à Paris.
N'écrit-il pas, par exemple à Chaillon de Joinville son souci d'éviter de pareilles innovations et de faire observer uniquement le seul et même règlement de la Souveraine et Grande Loge de Paris.
Cette correspondance suggère un sérieux qui jure avec le portrait peu flatteur, voire l'image de faussaire, qu'en ont dressé certains historiens maçonniques.
En implantant « aux îles » le système de la maçonnerie parisienne des années 1760, Étienne Morin a assuré la survie de ce témoin de l'âge d'or des Hauts-Grades. C'est des Antilles via l'Amérique, que quelques Francs-Maçons le ramenèrent à Paris en 1804 où il avait disparu depuis bien longtemps.
Sous le nom de Rite Écossais Ancien et Accepté il connut un succès croissant jusqu'à devenir le Système de Hauts-Grades le plus pratiqué dans le monde.
Étienne Morin meurt en novembre 1771, à Kingston, sur l'île voisine de la Jamaïque.