Rite Ecossais Rectifié

Dans la seconde partie du XVIIIème siècle, il est apparu nécessaire à certains Francs-Maçons Écossais de rectifier leurs rites. La rectification à été motivée par la dérive d'un nombre croissant de Loges vers des pratiques rituelles beaucoup trop pénétrées de courants extérieurs à la Franc-Maçonnerie ; sur cette voie elle risquait de perdre son authenticité et sa spécificité. Il s'agissait pour leurs auteurs, moins de porter un jugement de valeur sur les autres systèmes ésotériques de l'époque, que de retrouver le pur esprit de la Franc-Maçonnerie Écossaise des premiers temps.
Par ailleurs le code des Loges réunies rectifiées de 1778 faisait nettement apparaître une volonté d'assainir les mentalités et les comportements des Francs-Maçons de bonne moralité et de bienfaisance, qui fréquentaient alors les Loges de rite Écossais.
Une autre motivation de la rectification semble être d'instituer et de structurer un Ordre de Chevaliers Maçons, s'inscrivant dans la grande tradition initiatique, et doté de ses propres cérémonies, devises, croix, etc. Cette rectification s'est faite sur une trentaine d'années, en trois époques bien distinctes.1  La plupart sont donnés par J‑B. Willermoz à Charles de Hesse dans sa lettre du 10 septembre 1810 : La date est celle de 1778, avec le Convent des Gaules qui a rédigé le code des Loges rectifiées, le code général des règlements de l'Ordre des Chevaliers bienfaisants de la Cité Sainte, ainsi que les bases des rituels qui seront adoptés à Wilhelmsbad.
En juillet et en août 1782, le Convent général de Wilhelmsbad légitime le Régime Rectifié et lui donne une reconnaissance internationale. Il en arrête les codes, la règle et les grades, dont le nombre et les noms diffèrent quelque peu de ceux fixés par le Convent des Gaules. Il choisit les rituels et fixe les dernières modifications à y apporter. À partir de 1782, ce sont des Frères de Lyon, réunis en commission autour des Chanceliers J‑B. Willermoz et J‑J. Millanois, qui ont en charge de rédiger définitivement les rituels adoptés au Convent de Wilhelmsbad.
Quant aux Frères strasbourgeois, au départ associés à cette entreprise, ils ont remis la tâche entre les mains des lyonnais ; l'éloignement rendait les échanges difficiles entre les deux villes, ce qui retardait trop le travail. En 1788, les rituels de tous les grades sont rédigés. Seul le 4ème degré de Maître Écossais de Saint-André reste inachevé, mais sur quelques points de détails seulement.
Les États Généraux de Versailles dispersent la commission de Lyon et interrompent définitivement ses travaux.
Après la révolution française de 1789, J‑B. Willermoz se retrouve seul dépositaire des archives. Il apporte alors sa touche personnelle et introduit dans les rituels des quatre premiers grades des éléments qui sont étrangers aux décisions du Convent de Wilhelmsbad. Cela donne la version des rituels transmis en 1802 à la loge « La Triple Union » à l'Orient de Marseille.
Ces ajouts sont quelques modifications de décoration de la Loge dont le tapis ; l'apparition dans les trois premiers degrés de trois des quatre vertus, auparavant révélées aux seuls Maîtres Écossais lors de leur réception (ces vertus elles-mêmes ont peut-être été changées au Convent de Wilhelmsbad, celles de 1778 étant différentes) ; les épreuves des éléments pendant les voyages des Apprentis ; le rejet des métaux par le Compagnon. Seuls les rituels de l'Ordre Intérieur ne seront pas transformés. Ils seront juste recopiés à l'identique suivant les besoins, notamment par Jean-Baptiste Willermoz, en août 1808. En 1809, ce dernier termine seul la rédaction du 4ème grade de Maître Écossais de   Saint-André. Il transforme et complète la première version inachevée de 1788 afin de la mettre en cohérence avec les remaniements apportés aux trois premiers degrés de 1802.
Après 1789, nous avons vu que les rituels issus du Convent de Wilhelmsbad ont été transformés, alors que cela était contraire aux recommandations des premiers rédacteurs. (« Il est expressément interdit à tous d'ajouter à leurs fonctions, soit par actes, gestes ou discours, aucune chose arbitraire qui ne serait pas exprimée dans ce rituel ; de ne rien innover, ni ajouter au dit rituel. » 1er degré de 1784).
Malgré plusieurs ajouts, l'intitulé « Régime Écossais arrêté en Convent général à Wilhelmsbad, l'an 5782 » n'a pas été modifié ; il en résulte une confusion certaine. Le manuscrit du 4ème grade de 1809 comporte ces compléments tardifs, qui le mettent en dysharmonie avec les premiers rituels d'Apprenti, de Compagnon et de Maître de 1784.
Les trois premiers degrés de 1784 qui respectent les décisions prises par le Convent de Wilhelmsbad. Les cinquième et sixième degré, concernent les deux grades chevaleresques du Régime Écossais Rectifié : ceux de l'Ordre Bienfaisant des Chevaliers Maçons de la Cité Sainte.
Dès 1784, les rituels d'Écuyers Novices et de Chevaliers sont rédigés et achevés conformément aux décisions adoptées par le Convent de Wilhelmsbad. Ces manuscrits seront ensuite plusieurs fois recopiés, mais sans aucune modification ni altération.
Les instructions eurent un parcours un peu plus mouvementé. Pour instruire les Frères Écuyers Novices, la Bibliothèque Municipale de Lyon offre une dizaine de textes s'échelonnant de 1784 à 1789 avec leurs différences ; à l'inverse, il semble ne rester à Lyon qu'une seule version de l'instruction donnée aux Frères Chevaliers : celle de 1784, révisée et abrégée en 1786.
C'est en août 1808 que Jean-Baptiste Willermoz copie, signe et date un ensemble de textes conformes à la rectification d'origine et aux originaux de 1784. En plus des rituels des deux grades de l'Ordre Intérieur, cet ensemble est intéressant parce qu'il choisit finalement une instruction pour la réception des Écuyers Novices il s'agit du même texte que celui de 1789. On a coutume d'appeler aujourd'hui cette version « Instruction ancienne » pour la distinguer de « l'instruction moderne », plus récente et étrangère à Jean-Baptiste Willermoz comme au Convent de Wilhelmsbad.
Hélas ! Les textes de 1808 n'offrent pas d'instruction pour la réception des Chevaliers Maçons dans l'Ordre Bienfaisant de la Cité Sainte.
Les manuscrits produits en août 1808 apparaissent comme l'ensemble le plus complet et le plus cohérent de rituels fidèles aux décisions du Convent général de l'Ordre de 1782.
1.  Camille SAVOIRE et le Régime Écossais Rectifié:
Camille SAVOIRE donc, nait le 6 juillet 1869, il est initié 23 ans plus tard, le 14 octobre 1892 dans une Loge de la Grande Loge Symbolique Écossaise qui avait été créée elle, en 1880 et qui engendrera la Grande Loge de France. Cette loge il la quitte au bout d’un an, au profit du Grand Orient de France. En 1913 il intègre le Grand Collège des Rites dont il devient Grand Commandeur en 1923 et ce durant 12 ans. On le sait Camille SAVOIRE marquera sa carrière maçonnique par le réveil du Rite Écossais Rectifié en France, et la création du Grand Prieuré Des Gaules dont il fut le premier Grand Prieur, induisant de plus la création de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière qui deviendra en 1948 la Grande Loge Nationale Française.
2. Le Rite Écossais Rectifié et le Grand Orient de France 1776/1841:
Brièvement, il faut noter que dès 1773/74 le Rite Écossais Rectifié en France est constitué de trois Directoires Écossais, celui de Lyon, de Bordeaux et de Strasbourg et qu’un Traité fut établi en 1776 avec le Grand Orient de France. Dans ce traité, il y est dit globalement, article 6 que le Grand Orient de France et les Directoires Écossais conserveront respectivement et exclusivement l’administration et la discipline chacun sur les Loges du Rite et du Régime. Le Grand Collège des Rites, qui s’était appelé de 1806 à 1814 Grand Directoire des Rites, vit en 1811, le 14 juin plus précisément, la création en son sein d’une section dédiée au Rite Écossais Rectifié. En 1841 pourtant, le Rite Écossais Rectifié s’éteignait en France…
3.  Le Rite Écossais Rectifié et le Rite Écossais Ancien et Accepté en Suisse:
En 1844, 14 Loges suisses travaillant aux grades bleus, créent la Grande Loge Suisse Alpina. Pourtant en 1885 seule la Préfecture de Genève pratique encore le rite et devient donc la seule structure garante du RER et encore plus la gardienne des archives. Entretemps, notons la création d’un traité, le 2 février 1896, entre le Suprême Conseil de Suisse et le Directoire d’Helvétie, renouvelé en 1910, puis interrompu et conclu de nouveau en 1946, et encore en vigueur au moment de la rédaction de l’article en 1981.
4.  Situation Maçonnique en France entre 1877 et 1910:
En 1877 suite à son Convent, le Grand Orient de France vit ses relations internationales se détériorer. Depuis 1771 les relations avec l’Angleterre étaient interrompues entre les deux grandes obédiences qu’étaient devenue le Grand Orient et la Grande Loge Unie d’Angleterre. Mais les maçons à titre individuel étaient encore reçus dans les Loges. En 1877 la Grande Loge Unie d’Angleterre interdit l’accès à ses Loges, à tout maçon qui ne pratiquait pas une maçonnerie liée à la croyance en Dieu et ce jusqu’à la reconnaissance en 1913 de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière.
5.  Première Étape de l’action de Camille SAVOIRE:
Médecin spécialiste de la Tuberculose, Camille SAVOIRE voyageait beaucoup en Europe pour des congrès médicaux et avait noué de nombreux contacts avec des maçons étrangers et il tissa des liens avec les différentes obédiences de ces pays. 
33ème degré du REAA, SAVOIRE va obtenir une équivalence du grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, prenant le nom de « eques a Fortitudine », et fut armé en même temps que les Frères Édouard de RIBAUCOURT et Gustave BASTARD. 
Ils obtiendront ensuite en 1910 la patente de fondation de la Commanderie de Paris, placée sous l’autorité de la Préfecture de Genève, un petit peu plus tôt dans l’histoire, dans la foulée de leur armement, tous trois réveillent la Loge « Le Centre des Amis », Loge bleue rectifiée et en sommeil depuis 1838. 
Le Grand Orient informé répondit en réfutant cette création, priant de plus les frères à l’initiative de ce réveil, de se retirer ipso facto sous peine de radiation de l’obédience, Pourtant il semble que Camille SAVOIRE eut au préalable, obtenu un accord, au moins verbal, du Grand Commandeur du collège des Rites, et sa surprise fut d’autant plus grande, qu’existait ce traité bilatéral dont nous avons parlé. 
En signe de bonne foi, ces trois frères s’exécutèrent, en échange de la création au sein du Grand Orient de cette Loge, mais Camille SAVOIRE malgré tout se retirera de ce dernier projet, induisant de fait : D’une part la création de la Grande Loge Nationale Indépendante et régulière que rejoint "Le Centre des Amis", et d’autre part la signature d’un nouveau traité Franco-Suisse qui tint jusqu’en 1955.
6. Camille SAVOIRE Grand Commandeur du Collège des Rites et Grand Prieur du Grand Prieuré des Gaules (1923-1935):
C’est en 1923 que Camille SAVOIRE devient Grand Commandeur du Grand Collège, et en 1924 il fut invité par le Grand Prieuré d’Helvétie de même que le Frère Barrois alors à la tête de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière, lui aussi CBCS.
Barrois refusa comme le lui obligeait l’interdit anglais et le Grand Prieuré d’Helvétie rompit alors son entente avec son obédience. Camille SAVOIRE Grand commandeur des Hauts-Grades du Grand Orient et Grand Prieur dès 1933 devenait ainsi l’interlocuteur privilégié des Suisses.
7. Camille SAVOIRE quitte le Grand Orient de France et se démet de sa Charge de Grand Commandeur:
Avant 1946, le Grand Collège des Rites n’est pas indépendant. Ainsi dès 1934, Arthur GROUSSIER prépare un dossier d’indépendance de celui-ci par rapport au Conseil de l’Ordre.
Camille SAVOIRE ira plus avant en prônant l’unification des Hauts-Grades, tous rites confondus, ce qui aurait peut-être permis de rouvrir l’axe des relations maçonniques entre la France et l’Angleterre.
Devant l’échec, Camille SAVOIRE crée donc le Grand Prieuré Des Gaules et propose au Grand Orient trois options :
1ère option :    L’exercice du RER sous les auspices du GODF mais sans possibilité d’action de ce dernier sur les rituels et les grades bleus.
2ème option :   l’indépendance réciproque avec signature d’un accord
3ème option :   l’ignorance réciproque
Les trois options étant refusées par le Grand Orient, Camille SAVOIRE quitte l’obédience, sa charge, et va fonder en 1936, le Grand Prieuré Des Gaules. De son côté le GODF reprends contact avec la Suisse.
8. Après 1945:
À partir de 1945, Camille SAVOIRE est malade, l’activité du GPDG après la guerre est très limitée et Camille SAVOIRE meurt en 1951, le Grand prieuré d’Helvétie confirme le Frère RYBINSKI en tant que Grand Maître National de la Grande Loge du RER et le Grand Prieur devient le Frère MOIROUX. 
Cette Grande Loge Rectifiée intégrera en 1958 la GLNF, affaiblissant quelque peu le Grand Orient, mais d’un autre côté le GLNF perdra elle quelques Loges parties former la GLNF-Opéra sur laquelle se créera le Grand Prieuré de France. 
À partir de là, les frères accédant aux degrés supérieurs du Régime Écossais Rectifié d’une obédience devront appartenir au seul prieuré de cette obédience.
En 1967 se créera le Grand Prieuré Indépendant des Gaules, le Grand Prieuré de Neustrie et le Grand Prieuré d’Aquitaine en 1974.
9. Qu’est-ce que le Rectifié:
Pour conclure se lance dans une description succincte du Rectifié en citant d’abord Camille SAVOIRE :
J’avoue que le libre penseur que j’ai toujours été n’a manifesté en entrant au Régime Écossais Rectifié aucune hésitation ni éprouvé aucun scrupule, lorsqu’on lui a demandé de déclarer qu’il professait l’esprit du christianisme surtout lorsque le Grand Prieur a ajouté : il s’agit ici de l’esprit du christianisme primitif réuni dans la maxime « Aime ton prochain comme toi-même ».
Nous citons le Grand Prieur d’Helvétie :
« Le rite est inspiré du désir de faire de ses membres par les moyens de l’enseignement symbolique propre à la Maçonnerie, de fidèles maçons, dans l’esprit du christianisme, mais d’un christianisme dans sa pureté originelle, dépouillé de toute occupation dogmatique et sectaire. » Enfin rappelons qu’en 1979 peu de Frères pratiquaient le Rite Écossais Rectifié, voire même revendiquaient cette notion impopulaire mais réelle de rite "élitaire", en affirmant même :
« Nous sommes le nombre. Ayons la force ».

Jean-Baptiste Willermoz, Louis-Claude de Saint-Martin et Martinez de Pasquali sont considérés comme les "Pères Spirituels" du Rite. Pour en faire partie, il faut être Chrétien.

Voici ses Grades :

Loges Bleues

  • Apprenti

  • Compagnon

  • Maître Maçon

  • Maître Écossais de Saint André

Ordre Intérieur

  • Écuyer Novice

  • Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte

Profession (classe secrète)

  • Profès

  • Grand Profès

Ce Rrite est pratiqué en France par la Grande Loge Nationale Française, la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique - Opéra, la Grande Loge de France, le Grand Orient de France, Grand Prieuré des Gaules, etc.

  1. Les renseignent ont été fournis par les cahiers de correspondances de J‑B. Willermoz - Bibliothèque Municipale de Lyon.